Sally Bennacer

Art & blind @ Entrepreneuse

enue de la petite Kabylie, elle a débarqué dans le béton de la cité Couzy à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) à 7 ans sans parler un mot de français. Aujourd’hui, Sally Bennacer, 47 ans, est à la tête d’une entreprise florissante de 5 salariés, spécialisée dans la pose de stores, volets et placards sur mesure. « Après la banlieue et Le Kremlin-Bicêtre, on s’attaque à Paris avec un nouveau magasin dans le XIIe arrondissement », se félicite la patronne d’Art and Blind. Fille d’un chauffeur-grutier et d’une mère au foyer, elle s’est retrouvée sous les projecteurs en 2002 en devenant la première lauréate val-de-marnaise du concours Talents des cités (qui récompense, sous l’égide du ministère de la Ville et du Sénat, les entrepreneurs des quartiers populaires). Ce parcours sans faute n’est pas une exception dans sa famille. « Mes sept frères et sœurs ont aussi réussi », dit-elle, citant une sœur consultante et une autre à la tête d’un restaurant.

Le goût de l’effort

« Ma réussite, je la dois au travail. Mes parents m’ont inculqué cette valeur. J’avais aussi envie d’avoir une vie meilleure, envie d’ascension sociale. J’ai toujours pensé que mon destin, c’est moi qui l’avais entre les mains. Je savais que ce n’était pas les autres, pas l’Etat, qui allaient me l’offrir sur un plateau. » Mais elle reconnaît que « ça peut être compliqué » de transmettre le goût de l’effort lorsqu’on grandit dans une famille qui s’est enfoncée dans le chômage.

La battante, qui s’était inscrite en licence de psychologie en cours du soir, avait « un exemple de courage » comme modèle. « C’était Bernard Tapie, il est parti de nulle part. » Aujourd’hui, comme elle « aime l’exemplarité », elle distille ses conseils aux entrepreneurs en herbe via la chambre de commerce du Val-de-Marne. Lorsqu’elle s’est lancée, « il n’y avait personne pour m’aider », se souvient Sally. Si elle n’a pas fait fortune, elle « gagne correctement [sa] vie » et vient d’acheter sa « première maison » au Kremlin-Bicêtre.

L’apartheid pointé par le Premier ministre : « C’est une maladresse de terme. Je n’ai jamais vécu la banlieue comme ça. » Elle trouve tout de même qu’« on enclave trop les quartiers » et qu’« on ne mélange pas les populations ». Elle ne détient pas la recette miracle. « Mais, si on aidait les mamans, on aiderait les enfants. Certaines ne savent ni lire ni écrire mais elles ont l’envie, la droiture. Elles ont un rôle à jouer. »